Le chaussetier, malgré les signes que lui faisait Guillaume Rym, paraissait déterminé à tenir tête au roi.

«Sire, les suisses aussi étaient des manants. Monsieur le duc de Bourgogne était un grand gentilhomme, et il faisait fi de cette canaille. À la bataille de Grandson, Sire, il criait: Gens de canons! feu sur ces vilains! et il jurait par Saint-Georges. Mais l'avoyer Scharnachtal se rua sur le beau duc avec sa massue et son peuple, et de la rencontre des paysans à peaux de buffle la luisante armée bourguignonne s'éclata comme une vitre au choc d'un caillou. Il y eut là bien des chevaliers de tués par des marauds; et l'on trouva monsieur de Château-Guyon, le plus grand seigneur de la Bourgogne, mort avec son grand cheval grison dans un petit pré de marais.

—L'ami, repartit le roi, vous parlez d'une bataille. Il s'agit d'une mutinerie. Et j'en viendrai à bout quand il me plaira de froncer le sourcil.»

L'autre répliqua avec indifférence:

«Cela se peut, Sire. En ce cas, c'est que l'heure du peuple n'est pas venue.»

Guillaume Rym crut devoir intervenir.

«Maître Coppenole, vous parlez à un puissant roi.

—Je le sais, répondit gravement le chaussetier.

—Laissez-le dire, monsieur Rym mon ami, dit le roi, j'aime ce franc-parler. Mon père Charles septième disait que la vérité était malade. Je croyais, moi, qu'elle était morte, et qu'elle n'avait point trouvé de confesseur. Maître Coppenole me détrompe.»

Alors, posant familièrement sa main sur l'épaule de Coppenole: