La création est mue par deux espèces de moteurs, tous deux invisibles : les âmes et les forces.
Les forces sont mathématiques, les âmes sont libres. Les forces, étant algébriques, ne peuvent avoir d'écart ; l'aberration des âmes est possible. Il y a été pourvu ; la liberté a un régulateur, la conscience.
La conscience n'est autre chose qu'une sorte d'intuition de la géométrie mystérieuse de l'ordre moral.
Quant à l'être qu'on nomme Dieu, et qu'on peut aussi appeler Centre, il participe des deux natures dont il est le point d'intersection.
Il est l'Ame-Force.
L'idée de Dieu, c'est de la lumière solaire. Le judaïsme, le sabéisme, le bouddhisme, le polythéisme, le manichéisme, le mahométisme, le christianisme, sont de la lumière lunaire. Moïse, Bouddha, Zoroastre, Orphée, Confucius, Manès, Mahomet, Jésus, sont des espèces de planètes tournant autour de l'astre et réfléchissant sa lueur.
Les religions, lunes de Dieu, éclairent l'homme dans la nuit ; de là ces fantômes, ces illusions, ces mensonges d'optique, ces terreurs, ces apparences, ces visions, qui remplissent l'horizon des peuples chez lesquels il ne fait que clair de religion.
Le spectre qui sort de cette douteuse clarté s'appelle superstition.
Tout rayon qui vient directement du soleil porte à son extrémité la figure du soleil, et, quelle que soit la forme de l'ouverture par laquelle il arrive jusqu'à nous, que cette ouverture soit carrée, polygone ou triangulaire, il n'accepte pas cette forme et imprime invariablement sur la surface où il s'arrête une image circulaire. Ainsi toute lumière qui vient directement de Dieu imprime à notre esprit, quelque forme qu'ait notre cerveau, l'idée exacte de Dieu, et lui en laisse l'empreinte vraie.