En même temps, de même que les rayons de lune perdent la figure du soleil et ne nous apportent, au lieu de son image, que l'aspect quelconque de l'ouverture par laquelle ils passent, l'idée de Dieu, réfléchie par les religions et venant d'elles, perd, pour ainsi parler, la forme de Dieu et prend toutes les configurations plus ou moins misérables du cerveau humain.
En politique, au-dessus des partis, je mets la patrie ; en religion, au-dessus des dogmes, je mets Dieu. Si j'étais sûr que cette grave parole sera gravement écoutée et gravement comprise, je dirais que je suis de toutes les religions comme je suis de tous les partis. Ici comme signifie de même manière. Je crois au Dieu de tous les hommes, je crois à l'amour de tous les cœurs, je crois à la vérité de toutes les âmes.
Penseurs, songez-y, voilà la foi, la grande foi, la vraie foi, la foi qui seule aujourd'hui peut civiliser les générations révolutionnaires.
Ce rayon-là ne s'aperçoit que des hauteurs. Vous êtes faits pour atteindre aux hauteurs et pour contempler le rayon. Vous avez des ailes, puisque vous rêvez ; vous avez des yeux, puisque vous pensez.
Je crois à Dieu direct.
La foule a les yeux faibles, c'est son affaire. Les dogmes et les pratiques sont des lunettes qui font voir l'étoile aux vues courtes. Moi, je vois Dieu à l'œil nu. Distinctement. Je laisse le dogme, la pratique et le symbole aux intelligences myopes. La lunette est précieuse, l'œil est plus précieux encore. La foi à travers le dogme est bonne ; la foi immédiate est meilleure.
Je respecte la messe du dimanche à ma paroisse, j'y assiste rarement ; c'est que j'assiste sans cesse, religieux, rêveur et attentif, à cette autre messe éternelle que Dieu célèbre nuit et jour pour l'homme dans la nature, sa grande église.