Donc la conscience, c'est le spectre solaire intérieur. Le soleil éclaire le corps, Dieu éclaire l'esprit.

Au fond de tout cerveau humain il y a comme une lune de Dieu.

Être le bout du rayon dont l'idéal est l'autre bout ; chanter à voix basse à la vie présente le chant mystérieux de la vie future ; faire effort pour introduire l'esprit dans la chair, la vertu dans la parole, Dieu dans l'homme, tel est le sublime office de cette splendeur ailée, la conscience.


Le travail de l'homme, la fonction divine de sa liberté, le but de sa vie, c'est de construire sur la terre à l'état d'œuvres réelles, les trois notions idéales, c'est de faire chair le vrai, le beau et le juste, c'est en un mot de laisser après sa mort debout derrière lui sa conscience faite action. Le progrès humain vit de cette triple manifestation sans cesse renouvelée. Celui qui emploie sa conscience, dépense son âme et épuise sa vie pour bâtir le vrai s'appelle Voltaire ; celui qui bâtit le beau s'appelle Shakespeare ; celui qui bâtit le juste s'appelle Jésus.

Il n'est pas un génie qui n'ait travaillé, il n'est pas un grand homme qui n'ait apporté sa conscience, son âme, sa pierre, à l'un de ces trois piliers du fronton infini qu'on nomme Vérité, Beauté, Justice. Quelques-uns ont travaillé à deux. Celui qui travaillerait aux trois, celui-là approcherait de Dieu.

Mettre sa conscience hors de soi, la transformer lentement et jour à jour en réalités extérieures, actions ou travaux ; naître avec les idées, mourir avec les œuvres ; en un mot bâtir l'idéal, le construire dans l'art et être le poëte, le construire dans la science et être le philosophe, le construire dans la vie et être le juste, tel est le but de la destinée humaine.

Un athée

Au commencement de 1852, j'étais à Bruxelles. Un jour, quelqu'un poussa ma porte et entra. C'était un homme jeune, au sourire franc, à l'œil sincère et vif, vêtu avec une certaine recherche élégante, montrant beaucoup de linge très blanc, ayant un gilet de velours à boutons ciselés, des gants paille, une fleur à la boutonnière, et un jonc à la main. A la question que je lui adressai, il me répondit : — Je suis prêtre.

— Ou plutôt, reprit-il, je l'ai été. Je ne le suis plus. J'ai quitté le faux pour le vrai. Aujourd'hui, monsieur, je suis ce que vous êtes, un proscrit.