— Je suis athée.
— Si c'est une conséquence que vous prétendez tirer, observai-je, je ne saurais l'admettre. Pour avoir gardé des chèvres on n'est pas Giotto ; un collège de jésuites n'a pas pour produit nécessaire Voltaire. Du reste, je vous écoute. Continuez.
— Mais, reprit-il, j'ai tout dit. Se dégager des hypothèses. Sortir de la prison des chimères et en faire évader le genre humain, ce vieux captif que toutes les religions tiennent sous clef. Voilà.
— Je ne veux pas plus que vous, lui dis-je, des hypothèses qui deviennent superstitions et des chimères où l'on voudrait murer la raison humaine. Il semblerait donc que nous avons, vous et moi, la même pensée. Pourtant je ne crois pas que nous soyons d'accord. Précisez.
— Eh bien, répondit-il, suppression complète de ce que les spiritualistes appellent l'idéal. L'idéal est du surnaturalisme. Otons le surnaturalisme du monde, c'est-à-dire chassons Dieu ; ôtons le surnaturalisme de l'homme, c'est-à-dire chassons l'âme. Pas d'éternel et pas d'immortel. Donnons ces vérités pour fondement à l'éducation. Tout est là. J'ai fini.
— Vous avez à peine commencé, repris-je. A votre sens donc, qu'est-ce que le monde?
— Pure matière.
— Et l'homme?
— Pure matière.
— Distinguez-vous, lui dis-je, entre la matière et la matière?