— Quel est, à votre sens, le but de l'homme sur la terre?

— Le bonheur.

— Pour moi, lui dis-je, c'est le devoir. Mais ce n'est pas de ma pensée qu'il s'agit, c'est de la vôtre. J'écarte toutes les raisons sentimentales. — Dans la balance de l'égalité de la matière, de combien le bonheur d'un homme dépasse-t-il, en poids et en valeur, le bonheur d'un autre homme?

— De zéro.

— Avant d'aller plus loin, me concédez-vous ceci qu'en logique, à toute action il faut une raison déterminante?

— Cela est incontestable.

— Je reprends. Donc, si une occasion se présente où le bonheur d'un homme pourra être immolé au bonheur d'un autre homme, quelle sera, dans les plateaux où se pèseront les deux bonheurs, la quantité de pesanteur excédante qui pourra déterminer le sacrifice de l'un à l'autre?

— Zéro.

— Donc, repartis-je, en logique, et en restant dans le fait matériel, qui est, selon vous, la seule sagesse, un homme n'a jamais aucune raison pour se sacrifier à un autre homme?

Toute oscillation paraissait avoir cessé dans son esprit. Il me répondit avec calme :