Les vues partielles n'ont qu'une exactitude de petitesse. Le microscope est grand parce qu'il cherche le germe. Le télescope est grand parce qu'il cherche le centre. Tout ce qui n'est pas cela est nomenclature, curiosité vaine, art chétif, science naine, poussière. Tendons toujours à la synthèse.
Pour bien voir l'homme, il faut regarder la nature ; pour bien voir la nature et l'homme, il faut contempler l'infini. Rien n'est le détail, tout est l'ensemble. A qui n'interroge pas tout, rien ne se révèle.
III
Précisons encore ; et en même temps, donnons aux idées esquissées ici leur extension complète.
L'idée de Nature résume tout. Du plus ou moins de densité de cette idée démesurée résulte la philosophie entière.
Serrez cette idée au plus près, faites-la immédiate et palpable, réduisez-la au moindre volume possible en lui conservant d'ailleurs tout ce qui la compose, aménagez-la, en un mot, à l'état concret, vous avez l'homme ; dilatez-la, vous percevez Dieu. L'humanité étant un microcosme, on conçoit l'erreur de ceux qui, comme Fichte, s'en contentent, et qui voient le monde en elle. L'homme est Dieu en petit format.
Mais prendre pour Dieu l'homme, c'est la même méprise que prendre pour univers la terre. Vous mettez le grain de cendre si près de votre prunelle qu'il vous éclipse l'infini.
Les choses sont les pores par où sort Dieu. L'univers le transpire. Toutes les profondeurs le font paraître à toutes les surfaces. Quiconque médite voit le créateur perler sur la création. La religion est la mystérieuse sueur de l'infini. La nature sécrète la notion de Dieu. Contempler est une révélation ; souffrir en est une autre. Dieu tombe goutte à goutte du ciel, et larme à larme de nos yeux.
A quoi bon Tout s'Il n'était pas là comme fin?
Fin, c'est-à-dire but.