On croit que fin signifie mort. Erreur. Fin signifie vie.

L'existence terrestre n'est autre chose que la lente croissance de l'être humain vers cet épanouissement de l'âme que nous appelons la mort. C'est dans le sépulcre que la fleur de la vie s'ouvre.


La destinée est une résultante évidente de la nature. Maintenant comment cela se fait-il? par quelle combinaison? par quel va-et-vient, par quelle décomposition de forces, par quel mélange d'effluves, par quelle alchimie énorme? Comment l'événement fuse-t-il à travers l'élément? Comment l'harmonie universelle peut-elle avoir des contre-coups, et qu'est-ce que ce contre-coup, le sort? Une providence est visible ; elle a pour manifestation l'équilibre, que le philosophe appelle d'un plus grand nom : Équité. Une fatalité aussi est visible ; elle a pour manifestation la nécessité. Équité et Nécessité ; ce sont les deux mystérieux visages de l'inconnu.

Mais qu'est-ce que cette chose qu'on nomme le hasard? Le hasard n'est point providence, car il semble rompre l'équilibre ; il n'est point fatalité, car il n'est pas empreint de nécessité. Qu'est-il donc? Est-il l'une et l'autre? est-il le remous de l'une et de l'autre? Nul ne pourrait le dire.

Ce qui est certain, c'est qu'il n'y a qu'une loi. La nature n'est pas une chose et la destinée n'en est pas une autre. Il n'y a pas une loi extérieure et une loi intérieure. Le phénomène universel se réfracte d'un milieu dans l'autre. De là les apparences diverses ; de là les différents systèmes de faits, tous concordants dans le relatif, tous identiques dans l'absolu. L'unité d'essence entraîne l'unité de substance, l'unité de substance entraîne l'unité de loi. Voici le vrai nom de l'Être : Tout Un.


Le labyrinthe de l'immanence universelle a un réseau double, l'abstrait, le concret ; mais ce réseau double est en perpétuelle transfusion ; l'abstraction se concrète, la réalité s'abstrait, le palpable devient invisible, l'invisible devient palpable, ce qu'on ne peut que penser naît de ce qu'on touche et de ce qu'on voit, ce qui végète se complique de ce qui arrive, l'incident s'enchevêtre au permanent ; il y a de la destinée dans l'arbre, il y a de la sève dans la passion ; il est possible que la lumière pense. Le monde est une pile de Volta et en même temps est un esprit ; le Nil et l'Ens s'abordent et s'accouplent ; de l'immatériel au matériel la fécondation est possible ; ce sont les deux sexes de l'infini ; il n'y a pas de frontières ; tout s'amalgame et s'aime ; flux et reflux du prodige dans le prodige ; mystère, énormité, vie.

O destinée! ô création!