Si vous voulez absolument rattacher la littérature de ce siècle à des hommes antérieurs à notre époque, cherchez ces hommes, non dans la littérature, mais dans l'histoire, et allez droit à Danton, par exemple. Mais ce mouvement vient de plus haut que les hommes. Il vient des idées. Il est la Révolution même.

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J'aime tous les hommes qui pensent, même ceux qui pensent autrement que moi. Penser, c'est déjà être utile, c'est toujours et en tout cas faire effort vers Dieu.

Les dissentiments des penseurs sont peut-être utiles. Qui sait? au fond, tous vont au même but, mais par des voies différentes. Il est peut-être bon que les routes soient diverses pour que le genre humain ait plus d'éclaireurs. A force de battre le buisson des idées, les philosophes, même les plus lointains et les plus perdus, finissent par faire lever des vérités.

J'écrivais cela un jour à un rêveur, rêveur autrement que moi, qui voulait m'entraîner dans sa croyance, et j'ajoutais : — Je vous suivrai du regard dans votre route, mais sans quitter la mienne.

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J'appartiens à Dieu comme esprit et à l'humanité comme force. Pourtant l'excès de généralisation mène à s'abstraire en poésie, et à se dénationaliser en politique.

On finit par ne plus adhérer à sa vie et par ne plus tenir à sa patrie.

Double écueil que je tâche d'éviter. Je cherche l'idéal, mais en touchant toujours du bout du pied le réel. Je ne veux ni perdre terre comme poëte, ni perdre France comme citoyen.

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