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Avec l'âge et d'année en année, on dépouille le vieil homme, c'est-à-dire le jeune homme ; certains aspects se modifient, ce qu'il y a de transitoire dans les opinions s'écroule avec ce qu'il y a de passager dans les événements, et la surface de l'esprit change comme la surface du visage ; l'existence humaine est faite de dépouillements successifs et les choses de la vie, comme les ondes de l'océan, se composent et se décomposent sans cesse. Mais, au milieu de ces changements et de ces altérations inévitables, il faut que l'essentiel demeure ; il est bien que le fond de l'homme se maintienne, il sied qu'une certaine identité ne se démente jamais. Quelque chose peut flotter et quelque chose doit persister. Devenir autre en restant le même ; tout le problème est là.
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La jeunesse a de belles vertus ; elle est sincère, fidèle, honnête, pure, croyante, dévouée, loyale, généreuse, reconnaissante. Efforcez-vous de garder en prenant de l'âge les vertus de la jeunesse, lors même que vous en aurez perdu les illusions ; devenez hommes et restez jeunes.
C'est selon cette loi que se développent les bonnes natures et que se forment les grands cœurs. L'enthousiasme est le fond de la vraie sagesse.
L'homme sage mûrit et ne vieillit pas.
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Un abîme est là, tout près de nous.
Nous, poëtes, nous rêvons au bord. Soit. Vous, hommes d'État, vous y dormez.
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