Si la mort est la fin de tout, il en faudra tirer cette conclusion : Il y a de la lumière dans le monde matériel, il n'y en a pas dans le monde moral. Le soleil, en se levant chaque matin, nous dit : Je suis un symbole ; je suis la figure d'un autre soleil qui, de même que j'éclaire aujourd'hui vos visages, éclairera un jour vos âmes. — Eh bien, le soleil ment! il faut accepter comme vraie cette chose horrible devant laquelle l'antiquité a reculé : solem falsum.


L'homme est une créature profondément distincte de la brute, en ceci que la brute est toujours et fatalement innocente, tandis que l'homme peut faire le mal et le bien. La brute est passive, l'homme est libre.

Qu'est-ce qui le fait libre? C'est l'âme.

Donc l'âme est.

Tous ces mots : amour, loyauté, pudeur, dévouement, foi, devoir, conscience, probité, honneur, vertu, ne sont plus des mots, ce sont les faits propres à l'âme ; ce sont les facultés qui résultent de sa liberté. Aux facultés rayonnantes répondent les facultés ténébreuses : haine, vice, lâcheté, turpitude, égoïsme, méchanceté, mensonge, cruauté, crime. Entre le mal et le bien, l'homme peut choisir ; il est libre.

Or, qui dit libre, dit responsable.

Responsable en cette vie? Évidemment non ; car rien de plus démontré que la prospérité possible et fréquente des méchants et l'infortune imméritée des bons pendant leur passage sur la terre. Combien d'hommes justes n'ont eu que misère et angoisse jusqu'à leur dernier jour! combien d'hommes criminels ont vécu jusqu'à la plus extrême vieillesse dans la jouissance paisible et sereine de tous les biens de ce monde, y compris la considération et le respect de tous.

L'homme alors est-il responsable après la vie? Évidemment oui, puisqu'il ne l'est pas dans la vie.