Donc quelque chose de lui survit pour subir cette responsabilité : l'âme.
La liberté de l'âme implique son immortalité.
Donc la mort n'est pas la fin de tout. Elle n'est que la fin d'une chose et le commencement d'une autre. A la mort, l'homme finit, l'âme commence.
J'en atteste quiconque a regardé le visage mort d'un être aimé avec cette anxiété étrange qu'est l'espérance mêlée au désespoir ; je vous atteste, vous tous qui avez traversé cette heure funèbre, la dernière de la joie, la première du deuil, n'est-ce pas qu'on sent bien qu'il y a encore là quelqu'un? que tout n'est pas fini? que quelque chose est possible encore?
On sent autour de cette tête le frémissement des ailes qui viennent de se déployer. Une palpitation confuse et inouïe flotte dans l'air autour de ce cœur qui ne bat plus. Cette bouche ouverte semble appeler ce qui vient de s'en aller, et on dirait qu'elle laisse tomber des paroles obscures dans le monde invisible.
Cette stupeur, ce n'est pas le contact du néant, c'est la secousse que donne le choc de cette vie contre l'autre.
Je suis une âme. Je sens bien que ce que je rendrai à la tombe, ce n'est pas moi. Ce qui est moi ira ailleurs.
Terre, tu n'es pas mon abîme!