Plus j'y songe, plus cette vérité m'apparaît : l'homme n'est autre chose qu'un captif.
Le prisonnier escalade péniblement les murs de son cachot, grimpe de saillie en saillie, met le pied partout où une pierre manque, et monte jusqu'au soupirail. Là, il regarde, il distingue au loin la campagne, la forêt, les blés, les collines, les maisons, les villes, les êtres vivants, les routes où il a déjà marché et où il marchera sans doute encore ; il aspire l'air libre, il voit la lumière.
De même l'homme.
L'astronomie, la chimie, la géologie, la mesure des temps, la mesure des soleils, toutes ces découvertes, toutes ces échappées sur l'extérieur, toutes ces surprises faites à l'éternité, cette constatation de l'infini qui existe, qui est là, dehors, éblouissant l'intelligence de son rayonnement prodigieux, toutes ces choses dont il semble que nous n'ayons pas le sens, art, science, poésie, rêverie, calcul, algèbre, c'est le regard à travers les barreaux de la prison.
Le prisonnier ne doute pas de retrouver, le jour où les portes s'ouvriront, les champs, les bois, les plaines, la terre où est sa vraie vie, la liberté. Il voit tout cela, il sait bien que cela est là.
Comment l'homme peut-il douter de retrouver l'éternité à sa sortie!
Certains penseurs repoussent ces questions : — Aurons-nous un corps dans l'autre vie? mangera-t-on? dormira-t-on? — Ces questions n'ont rien qui me répugne. Pourquoi n'aurait-on pas un corps, corps subtil et éthéré, dont notre corps humain ne serait qu'une ébauche grossière? — Mangera-t-on? pourquoi ne vivrait-on pas, par exemple, de la vie des fleurs, qui n'ont pas d'heures pour manger, mais qui acquièrent et perdent sans cesse, double travail qui constitue la vie? — Dormira-t-on? notre existence, composée d'heures de connaissance coupées par des heures de sommeil, n'est qu'une ombre informe de cette existence supérieure où la rêverie reposerait de la pensée, où l'extase reposerait de la contemplation.
Qui empêche de se figurer cette vie céleste?