L'âme a soif de l'absolu, mais c'est là une soif de l'âme qui ne doit pas être une soif de l'homme. L'homme dans le temps et dans l'espace, c'est-à-dire vivant de cette vie momentanée qui n'est que le fantôme de la vie, l'homme appartient au relatif. Qui dit limite, dit rapport et proportion. Contentons-nous donc du relatif, puisque nous sommes limités. Ne cherchons pas l'absolu ici-bas. Nous le trouverons ailleurs. L'absolu n'est pas de ce monde. Il est trop lourd pour cette terre ; il la ferait sortir de son orbite si jamais il venait à peser sur elle.
Il y a deux lois, la loi des globes et la loi de l'espace. La loi des globes, c'est la mort ; la limite exige la destruction. La loi de l'espace, c'est l'éternité, l'infini permet l'expansion.
Entre les deux mondes, entre les deux lois, il y a un pont, la transformation.
Échapper à la gravitation, c'est échapper à la limite ; échapper à la limite, c'est échapper à la mort.
L'ambition du vivant des globes doit donc être de devenir un vivant de l'espace.
L'homme est une frontière. Être double, il marque la limite des deux mondes. En deçà de lui est la création matérielle ; au delà de lui le mystère.
Naître, c'est entrer dans le monde visible ; mourir, c'est entrer dans le monde invisible.