—Oui.
—Et que quelqu'un qui me livrerait ferait sa fortune?
—Eh bien, après?
—Sa fortune.
—C'est justement ce que j'ai pensé. En vous voyant, je me suis dit: Quand je pense que quelqu'un qui livrerait cet homme-ci gagnerait soixante mille francs et ferait sa fortune! Dépêchons-nous de le cacher.
Le marquis suivit le pauvre.
Ils entrèrent dans un fourré. La tanière du mendiant était là. C'était une sorte de chambre qu'un grand vieux chêne avait laissé prendre chez lui à cet homme; elle était creusée sous ses racines et couverte de ses branches. C'était obscur, bas, caché, invisible. Il y avait place pour deux.
—J'ai prévu que je pouvais avoir un hôte, dit le mendiant.
Cette espèce de logis sous terre, moins rare en Bretagne qu'on ne croit, s'appelle en langue paysanne carnichot. Ce nom s'applique aussi à des cachettes pratiquées dans l'épaisseur des murs.
C'est meublé de quelques pots, d'un grabat de paille ou de goëmon lavé et séché, d'une grosse couverture de créseau, et de quelques mèches de suif avec un briquet et des tiges creuses de brane-ursine pour allumettes.