Et il reprit:
—Te voilà bien avancé de m'avoir confisqué une oreille! Au fait, j'aime mieux avoir ça de moins qu'autre chose, ça n'est guère qu'un ornement. Tu m'as aussi égratigné à l'épaule, mais ce n'est rien. Expire, villageois, je te pardonne.
Il écouta. Le bruit dans la salle basse était effrayant. Le combat était plus forcené que jamais.
—Ça va bien en bas. C'est égal, ils gueulent vive le roi. Ils crèvent noblement.
Ses pieds cognèrent son sabre à terre. Il le ramassa, et il dit à
Chante-en-hiver qui ne bougeait plus et qui était peut-être mort:
—Vois-tu, homme des bois, pour ce que je voulais faire, mon sabre ou zut, c'est la même chose. Je le reprends par amitié. Mais il me fallait mes pistolets. Que le diable t'emporte, sauvage! Ah çà, qu'est-ce que je vais faire? Je ne suis bon à rien ici.
Il avança dans la salle tâchant de voir et de s'orienter. Tout à coup dans la pénombre, derrière le pilier du milieu, il aperçut une longue table, et sur cette table quelque chose qui brillait vaguement. Il tâta. C'étaient des tromblons, des pistolets, des carabines, une rangée d'armes à feu disposées en ordre et semblant n'attendre que des mains pour les saisir; c'était la réserve de combat préparée par les assiégés pour la deuxième phase de l'assaut; tout un arsenal.
—Un buffet! s'écria Radoub.
Et il se jeta dessus, ébloui.
Alors il devint formidable.