La porte de l'escalier communiquant aux étages d'en haut et d'en bas était visible, toute grande ouverte, à côté de la table chargée d'armes. Radoub laissa tomber son sabre, prit dans ses deux mains deux pistolets à deux coups et les déchargea à la fois au hasard sous la porte dans la spirale de l'escalier, puis il saisit une espingole et la déchargea, puis il empoigna un tromblon gorgé de chevrotines et le déchargea. Le tromblon, vomissant quinze balles, sembla un coup de mitraille. Alors Radoub, reprenant haleine, cria d'une voix tonnante dans l'escalier: Vive Paris!
Et s'emparant d'un deuxième tromblon plus gros que le premier, il le braqua sous la voûte tortueuse de la vis-de-Saint-Gilles, et attendit.
Le désarroi dans la salle basse fut indescriptible. Ces étonnements imprévus désagrègent la résistance.
Deux des balles de la triple décharge de Radoub avaient porté; l'une avait tué Houzard, qui était M. de Quélen.
—Ils sont en haut! cria le marquis.
Ce cri détermina l'abandon de la retirade, une volée d'oiseaux n'est pas plus vite en déroute, et ce fut à qui se précipiterait dans l'escalier. Le marquis encourageait cette fuite.
—Faites vite, disait-il. Le courage est d'échapper. Montons tous au deuxième étage! Là nous recommencerons.
Il quitta la retirade le dernier.
Cette bravoure le sauva.
Radoub, embusqué au haut du premier étage de l'escalier, le doigt sur la détente du tromblon, guettait la déroute. Les premiers qui apparurent au tournant de la spirale reçurent la décharge en pleine face, et tombèrent foudroyés. Si le marquis en eût été, il était mort. Avant que Radoub eût eu le temps de saisir une nouvelle arme, les autres passèrent, le marquis après tous, et plus lent que les autres. Ils croyaient la chambre du premier pleine d'assiégeants, ils ne s'y arrêtèrent pas, et gagnèrent la salle du second étage, la chambre des miroirs. C'est là qu'était la porte de fer, c'est là qu'était la mèche soufrée, c'est là qu'il fallait capituler ou mourir.