Cimourdain continua:

—La parole est au premier juge. Parlez, capitaine Guéchamp.

Le capitaine Guéchamp ne semblait voir ni Cimourdain, ni Gauvain. Ses paupières abaissées cachaient ses yeux immobiles fixés sur l'affiche du décret et la considérant comme on considérerait un gouffre.

Il dit:

—La loi est formelle. Un juge est plus et moins qu'un homme; il est moins qu'un homme, car il n'a pas de cur; il est plus qu'un homme, car il a le glaive. L'an 414 de Rome, Manlius fit mourir son fils pour le crime d'avoir vaincu sans son ordre. La discipline violée voulait une expiation. Ici, c'est la loi qui a été violée; et la loi est plus haute encore que la discipline. Par suite d'un accès de pitié, la patrie est remise en danger. La pitié peut avoir les proportions d'un crime. Le commandant Gauvain a fait évader le rebelle Lantenac. Gauvain est coupable. Je vote la mort.

—Ecrivez, greffier, dit Cimourdain.

Le greffier écrivit: «Capitaine Guéchamp: la mort.»

Gauvain éleva la voix.

—Guéchamp, dit-il, vous avez bien voté, et je vous remercie.

Cimourdain reprit: