Derrière lui venait un autre peloton de gendarmes.
Gauvain avait encore sur le visage cette joie pensive qui l'avait illuminé au moment où il avait dit à Cimourdain: Je pense à l'avenir. Rien n'était ineffable et sublime comme ce sourire continué.
En arrivant sur le lieu triste, son premier regard fut pour le haut de la tour. Il dédaigna la guillotine.
Il savait que Cimourdain se ferait un devoir d'assister à l'exécution. Il le chercha des yeux sur la plate-forme. Il l'y trouva.
Cimourdain était blême et froid. Ceux qui étaient près de lui n'entendaient pas son souffle.
Quand il aperçut Gauvain, il n'eut pas un tressaillement.
Gauvain cependant s'avançait vers l'échafaud.
Tout en marchant, il regardait Cimourdain et Cimourdain le regardait. Il semblait que Cimourdain s'appuyât sur ce regard.
Gauvain arriva au pied de l'échafaud. Il y monta. L'officier qui commandait les grenadiers l'y suivit. Il défit son épée et la remit à l'officier; il ôta sa cravate et la remit au bourreau.
Il ressemblait à une vision. Jamais il n'avait apparu plus beau. Sa chevelure brune flottait au vent; on ne coupait pas les cheveux alors. Son cou blanc faisait songer à une femme, et son oeil héroïque et souverain faisait songer à un archange. Il était sur l'échafaud, rêveur. Ce lieu-là aussi est un sommet. Gauvain y était debout, superbe et tranquille. Le soleil, l'enveloppant, le mettait comme dans une gloire.