Il penchait. L'homme, d'un mouvement de levier imprimé à la barre, le fit basculer. La lourde masse se renversa, avec le bruit d'une cloche qui s'écroule, et l'homme se ruant à corps perdu, ruisselant de sueur, passa le noeud coulant de la drosse au cou de bronze du monstre terrassé.
C'était fini. L'homme avait vaincu. La fourmi avait eu raison du mastodonte; le pygmée avait fait le tonnerre prisonnier.
Les soldats et les marins battirent des mains.
Tout l'équipage se précipita avec des câbles et des chaînes, et en un instant le canon fut amarré.
Le canonnier salua le passager.
—Monsieur, lui dit-il, vous m'avez sauvé la vie.
Le vieillard avait repris son attitude impassible, et ne répondit pas.
VI. LES DEUX PLATEAUX DE LA BALANCE
L'homme avait vaincu, mais on pouvait dire que le canon avait vaincu aussi. Le naufrage immédiat était évité, mais la corvette n'était point sauvée. Le délabrement du navire paraissait irrémédiable. Le bordage avait cinq brèches, dont une fort grande à l'avant; vingt caronades sur trente gisaient dans leur cadre. La caronade ressaisie et remise à la chaîne était elle-même hors de service; la vis du bouton de culasse était forcée, et par conséquent le pointage impossible. La batterie était réduite à neuf pièces. La cale faisait eau. Il fallait tout de suite courir aux avaries et faire jouer les pompes.
L'entre-pont, maintenant qu'on le pouvait regarder, était effroyable à voir. Le dedans d'une cage d'éléphant furieux n'est pas plus démantelé.