Quelle que fût pour la corvette la nécessité de ne pas être aperçue, il y avait une nécessité plus impérieuse encore, le sauvetage immédiat. Il avait fallu éclairer le pont par quelques falots plantés çà et là dans le bordage.
Cependant, tout le temps qu'avait duré cette diversion tragique, l'équipage étant absorbé par une question de vie ou de mort, on n'avait guère su ce qui se passait hors de la corvette. Le brouillard s'était épaissi; le temps avait changé; le vent avait fait du navire ce qu'il avait voulu; on était hors de route, à découvert de Jersey et de Guernesey, plus au sud qu'on ne devait l'être; on se trouvait en présence d'une mer démontée. De grosses vagues venaient baiser les plaies béantes de la corvette, baisers redoutables. Le bercement de la mer était menaçant. La brise devenait bise. Une bourrasque, une tempête peut-être, se dessinait. On ne voyait pas à quatre lames devant soi.
Pendant que les hommes d'équipage réparaient en hâte et sommairement les ravages de l'entre-pont, aveuglaient les voies d'eau et remettaient en batterie les pièces échappées au désastre, le vieux passager était remonté sur le pont.
Il s'était adossé au grand mât.
Il n'avait point pris garde à un mouvement qui avait eu lieu dans le navire. Le chevalier de La Vieuville avait fait mettre en bataille des deux côtés du grand mât les soldats d'infanterie de marine, et, sur un coup de sifflet du maître d'équipage, les matelots occupés à la manoeuvre s'étaient rangés debout sur les vergues.
Le comte du Boisberthelot s'avança vers le passager.
Derrière le capitaine marchait un homme hagard, haletant, les habits en désordre, l'air satisfait pourtant.
C'était le canonnier qui venait de se montrer si à propos dompteur de monstres, et qui avait eu raison du canon.
Le comte fit au vieillard vêtu en paysan le salut militaire, et lui dit:
—Mon général, voilà l'homme.