Les nuages, qui toute la nuit s'étaient mêlés aux vagues, avaient fini par s'abaisser tellement qu'il n'y avait plus d'horizon et que toute la mer était comme sous un manteau. Rien que le brouillard. Situation toujours périlleuse, même pour un navire bien portant.
A la brume s'ajoutait la houle.
On avait mis le temps à profit; on avait allégé la corvette en jetant à la mer tout ce qu'on avait pu déblayer du dégât. fait par la caronade, les canons démontés, les affûts brisés, les membrures tordues ou déclouées, les pièces de bois ou de fer fracassées; on avait ouvert les sabords, et l'on avait fait glisser sur des planches dans les vagues les cadavres et les débris humains enveloppés dans des prélarts.
La mer commençait à n'être plus tenable. Non que la tempête devînt précisément imminente; il semblait au contraire qu'on entendît décroître l'ouragan qui bruissait derrière l'horizon, et la rafale s'en allait au nord; mais les lames restaient très hautes, ce qui indiquait un mauvais fond de mer, et, malade comme était la corvette, elle était peu résistante aux secousses, et les grandes vagues pouvaient lui être funestes.
Gacquoil était à la barre, pensif.
Faire bonne mine à mauvais jeu, c'est l'habitude des commandants de mer.
La Vieuville, qui était une nature d'homme gai dans les désastres, accosta
Gacquoil.
—Eh bien, pilote, dit-il, l'ouragan rate. L'envie d'éternuer n'aboutit pas. Nous nous en tirerons. Nous aurons du vent. Voilà tout.
Gacquoil, sérieux, répondit:
—Qui a du vent a du flot.