—Oui! oui! oui! crièrent toutes les voix de l'équipage.
Le capitaine continua:
—Il va courir, lui aussi, de sérieux dangers. Atteindre la côte n'est pas aisé. Il faudrait que le canot fût grand pour affronter la haute mer, et il faut qu'il soit petit pour échapper à la croisière. Il s'agit d'aller atterrir à un point quelconque, qui soit sûr, et plutôt du côté de Fougères que du côté de Coutances. Il faut un matelot solide, bon rameur et, bon nageur; qui soit du pays et qui connaisse les passes. Il y a encore assez de nuit pour que le canot puisse s'éloigner de la corvette sans être aperçu. Et puis, il va avoir de la fumée qui achèvera de le cacher. Sa petitesse l'aidera à se tirer des bas-fonds. Où la panthère est prise, la belette échappe. Il n'y a pas d'issue pour nous, il y en a pour lui. Le canot s'éloignera à force de rames, les navires ennemis ne le verront pas; et d'ailleurs, pendant ce temps-là, nous ici, nous allons les amuser. Est-ce dit?
—Oui! oui! oui! cria l'équipage.
—Il n'y a pas une minute à perdre, reprit le capitaine. Y a-t-il un homme de bonne volonté?
Un matelot dans l'obscurité sortit des rangs, et dit:
—Moi.
X. ÉCHAPPE-T-IL?
Quelques instants après, un de ces petits canots qu'on appelle you-you et qui sont spécialement affectés au service des capitaines s'éloignait du navire. Dans ce canot il y avait deux hommes, le vieux passager qui était à l'arrière, et le matelot «de bonne volonté» qui était à l'avant. La nuit était encore très obscure. Le matelot, conformément aux indications du capitaine, ramait vigoureusement dans la direction des Minquiers. Aucune autre issue n'était d'ailleurs possible.
On avait jeté au fond du canot quelques provisions, un sac de biscuit, une longe de boeuf fumé et un baril d'eau.