Au moment où le you-you prit la mer, La Vieuville, goguenard devant le gouffre, se pencha par-dessus l'étambot du gouvernail de la corvette, et ricana cet adieu au canot:

—C'est bon pour s'échapper, et excellent pour se noyer.

—Monsieur, dit le pilote, ne rions plus.

L'écart se fit vite et il y eut promptement bonne distance entre la corvette et le canot. Le vent et le flot étaient d'accord avec le rameur, et la petite barque fuyait rapidement, ondulant dans le crépuscule et cachée par les grands plis des vagues.

Il y avait sur la mer on ne sait quelle sombre attente.

Tout à coup, dans ce vaste et tumultueux silence de l'océan, il s'éleva une voix qui, grossie par le porte-voix comme par le masque d'airain de la tragédie antique, semblait presque surhumaine.

C'était le capitaine Boisberthelot qui prenait la parole.

—Marins du roi, cria-t-il, clouez le pavillon blanc au grand mât. Nous allons voir se lever notre dernier soleil.

Et un coup de canon partit de la corvette.

—Vive le roi! cria l'équipage.