Il monta sur la borne où il était assis, et posa sa main sur le coin du placard que le vent soulevait; le ciel était serein, les crépuscules sont longs en juin; le bas de la dune était ténébreux, mais le haut était éclairé; une partie de l'affiche était imprimée en grosses lettres, et il faisait encore assez de jour pour qu'on pût les lire. Il lut ceci:
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE, UNE ET INDIVISIBLE.
«Nous, Prieur de la Marne, représentant du peuple en mission près de l'armée des Côtes-de-Cherbourg,—ordonnons:—Le ci-devant marquis de Lantenac, vicomte de Fontenay, soi-disant prince breton, furtivement débarqué sur la côte de Granville, est mis hors la loi.—Sa tête est mise à prix.—Il sera payé à qui le livrera, mort ou vivant, la somme de soixante mille livres.—Cette somme ne sera point payée en assignats, mais en or.—Un bataillon de l'armée des Côtes-de-Cherbourg sera immédiatement envoyé à la rencontre et à la recherche du ci-devant marquis de Lantenac. —Les communes sont requises de prêter main-forte.—Fait en la maison commune de Granville, le 2 juin 1793.—Signé:
«PRIEUR DE LA MARNE.»
Au-dessous de ce nom il y avait une autre signature, qui était en beaucoup plus petit caractère, et qu'on ne pouvait lire à cause du peu de jour qui restait.
Le vieillard rabaissa son chapeau sur ses yeux, croisa sa cape de mer jusque sous son menton, et descendit rapidement la dune. Il était évidemment inutile de s'attarder sur ce sommet éclairé.
Il y avait été peut-être trop longtemps déjà; le haut de la dune était le seul point du paysage qui fût resté visible.
Quand il fut en bas et dans l'obscurité, il ralentit le pas.
Il se dirigeait dans le sens de l'itinéraire qu'il s'était tracé vers la métairie, ayant probablement des raisons de sécurité de ce côté-là.
Tout était désert. C'était l'heure où il n'y a plus de passants.