Mais le soleil tombait des montagnes prochaines;
Et la mère avait dit: Il faut nous séparer;
Et l'enfant s'en allait à travers les grands chênes,
Se tournant quelquefois et n'osant pas pleurer.
A. GUIRAUD.
LE PETIT SAVOYARD A PARIS
J'ai faim: vous qui passez, daignez me secourir.
Voyez, la neige tombe et la terre est glacée;
J'ai froid: le vent se lève et l'heure est avancée...
Et je n'ai rien pour me couvrir.
Tandis qu'en vos palais tout flatte votre envie,
A genoux sur le seuil, j'y pleure bien souvent;
Donnez, peu me suffit, je ne suis qu'un enfant,
Un petit sou me rend la vie.
On m'a dit qu'à Paris je trouverais du pain:
Plusieurs ont raconté dans nos forêts lointaines,
Qu'ici le riche aidait le pauvre dans ses peines:
Eh bien! moi je suis pauvre, et je vous tends la main.
Faites-moi gagner mon salaire:
Où me faut-il courir? dites, j'y volerai;
Ma voix tremble de froid: eh bien! je chanterai,
Si mes chansons peuvent vous plaire.
Il ne m'écoute pas, il fuit,
Il court dans une fête (et j'en entends le bruit)
Finir son heureuse journée!
Et moi je vais chercher, pour y passer la nuit,
Cette guérite abandonnée.
Au foyer paternel quand pourrai-je m'asseoir?
Rendez-moi ma pauvre chaumière,
Le laitage durci qu'on partageait le soir,
Et, quand la nuit tombait, l'heure de la prière,
Qui ne s'achevait pas sans laisser quelque espoir.
Ma mère, tu m'as dit, quand j'ai fui ta demeure:
Pars, grandis et prospère, et reviens près de moi.
Hélas! et tout petit faudra-t-il que je meure,
Sans avoir rien gagné pour toi?...