Non, l'on ne meurt pas à mon âge;
Quelque chose me dit de reprendre courage...
Eh! que sert d'espérer? Que puis-je attendre enfin?...
J'avais une marmotte, elle est morte de faim.
Et, faible, sur la terre il reposait sa tête;
Et la neige, en tombant, le couvrait à demi;
Lorsqu'une douce voix, à travers la tempête,
Vint réveiller l'enfant par le froid endormi.
«Qu'il vienne à nous, celui qui pleure,»
Disait la voix mêlée au murmure des vents;
«L'heure du péril est notre heure;
«Les orphelins sont nos enfants.»
Et deux femmes en deuil recueillaient sa misère;
Lui, docile et confus, se levait à leur voix.
Il s'étonnait d'abord! mais il vit à leurs doigts
Briller la croix d'argent, au bout du long rosaire;
Et l'enfant les suivit en se signant deux fois.
A. GUIRAUD.
LE RETOUR DU PETIT SAVOYARD
Avec leurs grands sommets, leurs glaces éternelles,
Par un soleil d'été, que les Alpes sont belles!
Tout, dans leurs frais vallons, sert à nous enchanter,
La verdure, les eaux, les bois, les fleurs nouvelles.
Heureux qui sur ces bords peut longtemps s'arrêter!
Heureux qui les revoit, s'il a pu les quitter!
Quel est ce voyageur que l'été leur renvoie,
Seul, loin de la vallée, un bâton à la main?
C'est un enfant... il marche, il suit le long chemin
Qui va de France à la Savoie.
Bientôt de la colline il prend l'étroit sentier;
Il a mis ce matin la bure du dimanche;
Et dans un sac de toile blanche
Est un pain de froment qu'il garde tout entier.
Pourquoi tant se hâter à sa course dernière?
C'est que le pauvre enfant veut gravir le coteau
Et ne point s'arrêter qu'il n'ait vu son hameau,
Et n'ait reconnu sa chaumière.