Les voilà... tels encor qu'il les a vus toujours,
Ces grands bois, ce ruisseau qui fuit sous le feuillage;
Il ne se souvient plus qu'il a marché dix jours,
Il est si près de son village!
Tout joyeux il arrive, il regarde... mais quoi?
Personne ne l'attend! Sa chaumière est fermée!
Pourtant du toit aigu sort un peu de fumée;
Et l'enfant plein de trouble: Ouvrez, dit il, c'est moi...
Son fils est dans ses bras, qui pleure et qui l'appelle.
—Je suis infirme, hélas! Dieu m'afflige, dit-elle,
Et depuis quelques jours je te l'ai fait savoir;
Car je ne voulais pas mourir sans te revoir.
Mais lui: De votre enfant vous étiez éloignée;
Le voilà qui revient, ayez des jours contents;
Vivez, je suis grandi, vous serez bien soignée,
Nous sommes riches pour longtemps.
Et les mains de l'enfant, des siennes détachées,
Jetaient sur ses genoux tout ce qu'il possédait,
Les trois pièces d'argent dans sa veste cachées,
Et le pain de froment que pour elle il gardait.
Sa mère l'embrassait et respirait à peine,
Et son œil se fixait, de larmes obscurci,
Sur un grand crucifix de chêne,
Suspendu devant elle et par le temps noirci.
«C'est lui, je le savais, le Dieu des pauvres mères
«Et des petits enfants, qui du mien a pris soin;
«Lui qui me consolait quand mes plaintes amères
«Appelaient mon fils de si loin.
«C'est le Christ du foyer que les mères implorent,
«Qui sauve nos enfants du froid et de la faim,
«Nous gardons nos agneaux, et les loups les dévorent,
«Nos fils s'en vont tout seuls... et reviennent enfin.
«Toi, mon fils, maintenant me seras-tu fidèle?
«Ta pauvre mère infirme a besoin de secours;
«Elle mourrait, sans toi.»—L'enfant à ce discours
Grave et joignant les mains, tombe à genoux près d'elle
Disant: «Que le bon Dieu vous fasse de longs jours!»
A. GUIRAUD.