L'ENFANT AVEUGLE

Quel est donc, dites-moi, ce qu'on nomme lumière,
Dont je ne peux jamais espérer de jouir?
A votre pauvre enfant, dites, dites, ma mère,
La vue est-ce bien doux? quel en est le plaisir?

Tout ce que vous voyez n'est pour moi que mystère;
Ce soleil si brillant, il éclaire vos pas;
Je sens bien sa chaleur, mais comment il éclaire,
Quels sont le jour, la nuit, je ne le comprends pas.

Je m'amuse le jour et la nuit je sommeille;
Si je ne dormais pas, sans cesse il serait jour.
Oh? dites, du soleil est-ce là la merveille?
Fait-il ainsi le jour et la nuit tour à tour?

Je vous entends gémir, vous plaignez mon jeune âge:
Ménagez des soupirs et des pleurs superflus;
Si la vue est un bien j'en ignore l'usage:
On ne peut regretter que le bien qu'on n'a plus.

Le ciel à ce que j'ai borne ma jouissance;
Ne me dérobez pas ce qu'il a mis en moi:
Je suis un pauvre enfant aveugle de naissance;
Mais, avec ma gaieté, je chante, je suis roi.

J.-F. CHATELAIN.

L'ENFANT DU SOLDAT

Je n'ai plus d'appui sur la terre,
Je suis errant, abandonné:
Mon seul espoir était mon père,
Et les combats l'ont moissonné!
Mais avec orgueil je m'écrie:
Il tomba fidèle et vaillant!
Ah! secourez le pauvre enfant
Du soldat mort pour sa patrie!

Au malheur son destin me livre
Et j'implore en vain la pitié;
Quand le brave a cessé de vivre,
Serait-il si tôt oublié?
Songez, vous que ma voix supplie,
Qu'il mourut en vous défendant;
Ah! secourez le pauvre enfant
Du soldat mort pour sa patrie!