Elle invitait encor la gentille rêveuse
A reprendre courage, à lire de nouveau,
Quand l'enfant s'écria: «Que je suis malheureuse!
Ah! si j'étais petit oiseau!

Ah! si j'étais l'oiseau qui toujours saute et chante;
Qui n'a souci de rien, qu'on voit toujours joyeux;
Si j'étais cet oiseau, que je serais contente,
Et que mon sort serait heureux!

Plus de livre ennuyeux, plus de leçon sévère;
Voltiger tout le jour, courir et s'amuser,
Causer avec les fleurs, caresser la bruyère,
Sur le gazon se reposer;

Toujours nouveau plaisir, toujours nouvelle fête;
Sous les arbres touffus, j'arrêterais mon vol,
Et m'en irais souvent appeler la fauvette,
Pour rire avec le rossignol.

Tu dis que c'est là-haut qu'on chante les louanges,
Que la terre répète en tout temps, en tout lieu:
J'y volerais aussi pour entendre les anges
Chanter dans le ciel du bon Dieu.

Sans regrets, sans chagrins, toujours libre et ravie,
Chaque jour le soleil me paraîtrait plus beau;
Ainsi s'écouleraient tous les jours de ma vie.
Ah! si j'étais petit oiseau!»

—«Sans doute, chère enfant, cette vie a des charmes,
Mais elle compte aussi plus d'un jour douloureux.
L'oiseau n'est pas exempt de craintes ni d'alarmes,
Il est souvent bien malheureux.

Quand l'hiver couvre tout de glace et de tristesse,
Lorsque tu dors, enfant, sous de légers rideaux,
On n'entend plus dans l'air que les cris de détresse
Poussés par les petits oiseaux.

Oh! que leur voix alors est touchante et plaintive!
Ils vont mourir de faim, de froid et de douleur.
Car ils n'ont plus de mère inquiète, attentive,
Pour les réchauffer sur son cœur.

Plus heureux que l'oiseau, dont la vie est amère,
L'enfant reçoit du ciel un regard plein de feu,
Un cœur intelligent pour comprendre sa mère,
Une âme pour adorer Dieu.