Regarde celui-ci qui frôle de son aile
Et la branche de l'arbre et le gazon fleuri;
Il va nous faire entendre une chanson nouvelle;
Qu'il est mignon, qu'il est joli!
Il paraît bien joyeux, les airs sont sa patrie!
Sans craindre le péril, sans songer à son sort,
Il chante, court, s'envole, et légère est sa vie;
Demain, peut-être, il sera mort.»
La mère encor parlait quand soudain l'éclair brille.
Bientôt l'air retentit sous le grand peuplier,
Et l'oiseau qui chantait tombe sous la charmille,
Frappé par le plomb meurtrier.
On s'élance, on accourt, de terreur palpitantes.
Hélas! il est trop tard! Oh! le cruel chasseur!
L'oiseau fermait déjà ses paupières mourantes:
Que de regrets! que de douleur!
On essaya pourtant de rappeler la vie;
Longtemps on espéra qu'il rouvrirait les yeux:
Tout en le réchauffant, la gentille Marie
Versa bien des pleurs douloureux.
Elle lui dit tout bas beaucoup de douces choses
(Car l'enfant sut de Dieu comprendre la leçon),
Puis on l'ensevelit sous des feuilles de roses
Que l'on cacha sous le gazon.
Elle revint alors désolée et pensive,
Le cœur gros de soupirs, rêvant au pauvre oiseau;
Et puis, sans dire un mot, sérieuse, attentive,
Elle étudia de nouveau.
Puis, un moment après, elle dit en prière:
«Seigneur! Seigneur mon Dieu! de ton ciel triomphant,
Oh! conserve toujours un enfant à sa mère,
Et garde la mère à l'enfant!»
Mlle ISABELLE RODIER.