«A mes pieds l'homme rampe...» Et l'homme qu'il outrage
Rit, se lève, et d'un bras trop longtemps dédaigné
Fait tomber sous la hache et la tête et l'ombrage
De ce roi des forêts, de sa chute indigné...

Vainement il s'exhale en des plaintes amères;
Les arbres d'alentour sont joyeux de son deuil:
Affranchis de son ombre, ils s'élèvent en frères,
Et du géant superbe un ver punit l'orgueil.

LE BRUN.

LA FEUILLE

De ta tige détachée,
Pauvre feuille desséchée,
Où vas-tu?—Je n'en sais rien:
L'orage a brisé le chêne
Qui seul était mon soutien.
De son inconstante haleine
Le zéphir ou l'aquilon
Depuis ce jour me promène
De la forêt à la plaine,
De la montagne au vallon.
Je vais où le vent me mène,
Sans me plaindre ou m'effrayer,
Je vais où va toute chose,
Où va la feuille de rose
Et la feuille de laurier.

ARNAULT.

LE PLUS DOUX NOM

«Emmanuel... Dieu avec nous!»

Plus doux qu'est au printemps le parfum de la rose,
Quand l'aube luit;
Que le sein maternel où l'enfant se repose,
Quand vient la nuit;
Plus doux et plus touchant que le doux nom de père
Pour l'orphelin;
Plus doux qu'est à nos yeux l'éclat de la lumière
A son déclin;
Plus douce qu'est au cœur que le bruit empoisonne
La paix du soir;
Plus doux qu'est au mourant que la vie abandonne
Le mot d'espoir;
Plus doux qu'est le regard du jeune enfant qui prie
Près de son lit;
Plus doux qu'est dans l'exil le doux nom de patrie
Pour le proscrit;
Plus doux qu'est au rocher battu par la tempête
L'aspect du port;
Plus doux qu'est le duvet où l'oiseau met sa tête
Quand il s'endort;
Plus doux qu'au pèlerin arrivant de la terre
Est le chant des élus,
—Plus doux est au pécheur perdu dans sa misère
Le doux nom de Jésus!

THÉOPHILE GONTARD.