Chantez, lorsqu'à midi ruisselle la lumière;
Chantez, quand le jour baisse et meurt à l'horizon!
Ensemble, rendons grâce et gloire à son saint nom;
Au bon Dieu votre chant, au bon Dieu ma prière!

L. TOURNIER.

LE VAISSEAU LE VENGEUR

Ah! des flots fût-on la victime,
Ainsi que le Vengeur il est beau de périr:
Il est beau, quand le sort vous plonge dans l'abîme,
De paraître le conquérir.

Trahi par le sort infidèle,
Comme un lion pressé de nombreux léopards,
Seul au milieu de tous, sa fureur étincelle;
Il les combat de toutes parts.


L'airain lui déclare la guerre;
Le fer, l'onde, la flamme entourent ses héros,
Sans doute ils triomphaient; mais leur dernier tonnerre
Vient de s'éteindre dans les flots.

Captifs, la vie est un outrage:
Ils préfèrent le gouffre à ce bienfait honteux,
L'Anglais en frémissant admire leur courage;
Albion pâlit devant eux.

Plus fiers d'une mort infaillible,
Sans peur, sans désespoir, calmes dans leurs combats,
De ces républicains l'âme n'est plus sensible
Qu'à l'ivresse d'un beau trépas.

Près de se voir réduits en poudre,
Ils défendent leurs bords enflammés et sanglants.
Voyez-les défier et la vague et la foudre,
Sous des mâts rompus et brûlants.

Voyez ce drapeau tricolore,
Qu'élève en périssant leur courage indompté;
Sous le flot qui le couvre, entendez-vous encore
Ce cri: Vive la liberté!