LE COLIMAÇON

Sans ami, comme sans famille,
Ici-bas vivre en étranger;
Se retirer dans sa coquille
Au signal du moindre danger;
S'aimer d'une amitié sans bornes;
De soi seul emplir sa maison;
En sortir, suivant la saison,
Pour faire à son prochain les cornes;
Signaler ses pas destructeurs
Par les traces les plus impures;
Outrager les plus belles fleurs
Par ses baisers ou ses morsures;
Enfin, chez soi comme en prison,
Vieillir de jour en jour plus triste;
C'est l'histoire de l'égoïste,
Et celle du colimaçon.

ARNAULT.

L'ANE ET LA FLUTE

Les sots sont un peuple nombreux,
Trouvant toutes choses faciles;
Il faut le leur passer: souvent ils sont heureux:
Grand motif de se croire habiles.
Un âne, en broutant ses chardons,
Regardait un pasteur jouant, sous le feuillage,
D'une flûte dont les doux sons
Attiraient et charmaient les bergers du bocage.

Cet âne mécontent disait: «Ce monde est fou!
Les voilà tous, bouche béante,
Admirant un grand sot qui sue et se tourmente
A souffler dans un petit trou.
C'est par de tels efforts qu'on parvient à leur plaire
Tandis que moi... Suffit... Allons-nous-en d'ici:
Car je me sens trop en colère.»

Notre âne en raisonnant ainsi,
Avance quelques pas, lorsque sur la fougère,
Une flûte, oubliée en ces champêtres lieux
Par quelque pasteur amoureux,
Se trouve sous ses pieds. Notre âne se redresse,
Sur elle de côté fixe ses deux gros yeux;
Une oreille en avant, lentement il se baisse,
Applique son museau sur le pauvre instrument,
Et souffle tant qu'il peut; oh! hasard incroyable!
Il en sort un son agréable.
L'âne se croit un grand talent.
Et, tout joyeux, s'écrie, en faisant la culbute:
«Eh! je joue aussi de la flûte.»

FLORIAN.

LES DEUX RATS

(Voir page [105].)