—«Cette lune n'est pas bonne», assurait-il encore, bien que perdu tout espoir de reculade. Et il détestait l'enthousiasme des hommes pour tout ce qui lève leur curiosité, et qu'ils saluent du nom de divin par dépit de leur ignorance...—«Aroha!» disaient les arrivants respectueux, «Aroha pour l'inspiré!—Tu es le grand inspiré sur la terre Papara.—Oro atua va parler à travers tes dents! E ahara! C'est le dieu... Roule-toi sur le sol et nous te porterons.—Mords-nous et nous te donnerons nos membres.—Prends nos femmes, nous dirons: nous sommes contents!»
Tous ensemble hurlaient:
—«Tu as promis, Térii!
—C'est vrai», soupirait l'autre avec amertume, «je suis inspiré et je leur dois un prodige.»
La foule se pressait, heureuse de se donner un maître de plus—bien qu'on en connût de nombreux, déjà, sur toute la grande île. Les gens de Papara, surtout, renchérissaient, en raison de la gloire attendue:
—«Tino a disparu! Tino s'est changé en pierre sous la grotte Mara! Térii, que feras-tu dans la terre Papara? Prends courage! nous irons avec toi dans la nuit. Nous soutiendrons tes forces avec des chants et des rites! Quand tu seras mort, ou bien transfiguré, alors on dira ton nom dans les récits répétés.» D'avance, ils composaient sur un mode glorieux, le péhé pour les funérailles:
«Tino s'est changé en pierre, mais Térii à Papara a mieux fait encore!»
Une femme s'approcha:—«J'étais privée d'enfants. J'ai dormi près du faré de celui-là: je serai mère!» Une autre:—«Mes entrailles étaient mêlées dans mon corps, et Térii, en me pressant le ventre, m'a guérie!»
Térii s'étonnait lui-même de ces pouvoirs nouveaux. Une troupe de suppliants l'entoura.—«Mes yeux se couvrent—Mes os me font mal—Dis les signes qui défendent contre les atua-requins!» Tous ils se tournaient vers lui, se pendaient à ses gestes, à ses lèvres efficaces, à toute sa personne guérisseuse. On lui amena une fille de Taïarapu que de jeunes hommes avaient emportée dans la brousse. Elle demeurait percluse depuis l'effroi de ces enlacements brutaux. Ses yeux imploraient. Térii, comme faisaient les maîtres, palpa les jambes fléchies, en agitant ses lèvres au hasard: d'un bond la fille fut droite, et dansait dans sa joie de l'inespérée guérison. Térii se troubla: il accomplissait donc ce qui échappe aux efforts des autres hommes! Lui, le haèré-po oublieux chassé du maraè, il dominait sur la foule, il protégeait, il guérissait...
Alors, obéissant en vérité à un être nouveau qu'il subissait, plus fort que lui-même, et qui pénétrait en lui, il s'enroula fièrement le bras gauche de la tapa blanche, signe du dieu descendu. Puis redressé, confiant en la force survenue, il fixa le troupeau des suppliants: on palpitait sous son regard. En retour, il sentit, des innombrables yeux ouverts dans l'ombre sur ses yeux, monter une foi sans limites, une certitude des choses inouïes qu'il devait accomplir. Ses prophéties, ses paroles d'aventure, il les avait jetées dans la foule, comme à travers la brousse on disperse les folles semences de l'aüté: et voici que ses paroles ayant germé, se multipliaient inespérément dans la foule! Ces gens l'appelaient Oro transparu. Il devenait Oro. Son cœur bondissait. Jamais encore il n'avait frémi de la sorte. Il pouvait tout. Il cria: