A hoé! La terre Tahiti s'enfonce plus loin que le ciel. Les nuages la ceinturent comme un maro non serré, et qui flotterait. Regarde, sous Hina propice, s'enfoncer aussi le trône de Oro; et regarde aussi tourner la terre Mooréa. Mooréa sombre à son tour. Alors on s'en va par dedans la nuit, un toit nouveau dessus la tête et plus rien autour de soi.

Deux journées de jour: devant le nez de la pirogue des nuages montent, mais ceux-là ne naviguent pas au firmament: ils sont trois: ce sont les trois îles-hautes. Les pilotes: dressez la route! Et l'on court sur le récif.

Elle nage sur des eaux assérénées, la terre des atua et des hommes sages: Raïatéa, ciel-de-clarté, en face de Tahaa jumelle. Le même corail les contient; et, comme deux fétii n'ont qu'un seul bol pour boire, elles boivent au même lagon.

Déjà tu vois le Tapioï de Raïatéa: cours sur lui,—c'est le poteau sacré du monde.—Pour cela, dévie, d'un coup de pagaie-maîtresse, ta route, de la route du vent. Alors il viendra vers toi, ce mont tapu qui soutient, plus haut que les nues, le Rohutu Délicieux. Mais n'espère point découvrir le lieu des esprits: la lumière passe sur la crête: les esprits, s'il en est là-haut, transparaissent comme le vent.

—«Où vas-tu, toi, maintenant? Je sais. Tu vas à Opoa. Tu vas voir le prêtre...» Ainsi parle vers Térii, marchant au hasard, un homme qu'il ne connaît pas.

Cet homme a dit «Opoa». N'est-ce pas un signe qu'il l'ait dit! Térii se met en chemin. A la tombée du soleil il touche, de son pied, la terre dix fois sacrée.

Elle est nue, rocailleuse, déserte. Les hommes l'abandonnent pour célébrer, en d'autres lieux moins bien famés, d'autres rites et d'autres maîtres. Térii s'avance, tout seul de vivant, et craintif un peu. Mais la crainte ne déplaît pas à l'esprit des dieux.

Le voici, le maraè père de tous les autres maraè;—mais si décrépit que ses blocs de corail taillé, ébréchés comme une mâchoire de vieil homme, branlent sur la terre qui découvre leurs assises. Une pierre monstrueuse arrête le voyageur.—«C'est tapu», crie un petit garçon.

Le voyageur reconnaît la pierre qui toise les chefs. Personne qu'eux-mêmes n'égalerait sa grande stature. Et voici encore la Pirogue Offerte, hissée sur un autel, et ornée de dix mâchoires pendues à des cordes. Le vent de la mer, en jouant, les fait claquer à son gré.

L'enfant:—«Tu veux voir le prêtre? Tu veux voir Tupua tané?» Térii se souvient: Tupua est écouté des chefs, des Arii, même des Douze à la Jambe-tatouée. Et n'est-ce pas un signe que l'enfant ait dit... Il se laisse conduire: près de l'ancien faré des sacrificateurs, Tupua s'est bâti, pour y dépouiller ses jours, un petit abri. Il sommeille.—«Celui-ci veut te parler.»