Si ton maître meurt, tu te lamenteras durant dix journées entières et dix nuits. Tu vêtiras son corps de bandelettes, et tu le frotteras d'huile monoï.

Des filles viendront alors, bras tendus, reins agiles, et mains frémissantes. Qu'elles entourent le cadavre avec les gestes de l'amour, dévêtues, et s'offrant à lui.

Le cadavre ne palpitera point. L'une d'elles, se penchant, dira: «il n'a pas bougé». Alors, tu creuseras un trou dans le sol qui deviendra tapu.

Tourne le visage vers le fond du trou: si le visage est celui d'un prêtre: de peur que le regard en perçant les germes, ne fasse mourir les petites plantes et tomber les fruits des grands arbres.

Choisis enfin pour nom-d'agonie, ce qui fut dit autour du mort.

—Ainsi, Paofaï se lamenta dix journées entières et dix nuits. Des filles vinrent, et l'une murmura: «Il n'a pas bougé!» On creusa le trou. On tourna le visage. Et Paofaï, pour nom-d'agonie, choisit: «Paofaï Paraü-maté» qui peut se prononcer: «Paofaï les Paroles-mortes»: Afin de déplorer sa venue tardive, et les parlers perdus.

IV

Les étrangers blêmes, parfois si ridicules, ont beaucoup d'ingéniosité: ils tatouent leurs étoffes blanches de petits signes noirs qui marquent des noms, des rites, des nombres. Et ils peuvent, longtemps ensuite, les rechanter tout à loisir.

Quand, au milieu de ces chants,—qui sont peut-être récits originels,—leur mémoire hésite, ils baissent les yeux, consultent les signes, et poursuivent sans erreur. Ainsi leurs étoffes peintes valent mieux que les mieux nouées de tresses aux milliers de nœuds.