Paofaï rejette, hors de ses doigts, avec un dépit, la tresse qu'il a gardée du maître, et qui demeure aussi muette que lui, et morte comme lui: si Tupua s'était avisé de ces pratiques, il n'aurait point trahi sa tâche: de souffler, à ceux qui en sont dignes, tout les mots avalés par sa mémoire...

Or, Paofaï,—ayant incanté jadis contre les hommes au nouveau-parler; ayant dénoncé les fièvres et les maux dont ils empliraient ses terres; les ayant méprisés pour leur petitesse et leurs maigres appétits,—Paofaï, néanmoins, se prend à envier leurs signes.

Mais leurs signes, peut-être, ne sont pas bons à figurer le langage maori? S'il en existait d'autres pour sa race?—Paofaï reste indécis.

Où les trouver, ces signes-là? Havaï-i, dans la terre Havaï-i, père de toutes les autres îles? Et qui peut savoir les mots qui mènent sur Havaï-i?

Le haèré-po sait les mots. Mais le haèré-po se cache par prudence, et s'efforce à passer toujours pour «celui que vola le dieu».—Il n'est pas bon de jongler souvent avec les prodiges comme un enfant avec les petits cailloux ronds. Il n'est pas bon de descendre à l'improviste des demeures nuageuses et divines où l'on vous tient pour habiter.

Cependant, on a rejoint Térii: dans une hutte, sur le flanc de la montagne, plus haut que les routes coutumières aux porteurs-de-féi:

—«Tu sais le chemin vers Havaï-i?

—Voici: tourne ton pahi vers le soleil tombant.

Qu'il souffle le maraámu; que la mer soit bleu-verdâtre et le ciel couleur de mer.

Qu'elle tombe dans la nuit, l'étoile Fétia Hoé. C'est ton guide. C'est le mot. C'est ton avéïa: tu marcheras sur elle.