Le haèré-po mâchait ces inquiétudes dans la nuit impassible. La grande Hina-du-ciel, à demi-vêtue de nuages, montait vers l'espace de Tané, enlisant de sa lumière immortelle les étoiles périssables et changeantes. Sous la claire caresse, le grand maraè dépouillait son vêtement obscur, sortait de l'ombre et se démesurait. La brise nocturne, chargée des parfums terrestres, coulait odorante et froide. Sourdement, le récif hurlait au large. L'île dormait, et la presqu'île, et la mer-enclose du récif. Apaisé par la consolante lumière, Térii reprit sa diction cadencée, ses gestes rituels, sa marche rythmique.
Une ombre, soudain, se dressa devant lui qui tressaillit.—Et que sait-on des êtres ambigus rôdeurs-de-ténèbre? Reconnaissant Paofaï, chef des récitants, il se tranquillisa.
Vêtu du maro sacerdotal, peint de jaune et poudré de safran, le torse nu pour découvrir le tatu des maîtres-initiés, Paofaï marchait à la manière des incantateurs. Il franchit l'enceinte réservée. Il piétinait le parvis des dieux. Térii l'arrêta:
—«Où vas-tu, toi, maintenant?»
Le grand-prêtre, sans répondre, continuait sa route. Il disait à voix haute des paroles mesurées:
—«Que les dieux qui se troublent et s'agitent dans les neuf espaces du ciel de Tané, m'entendent, et qu'ils s'apaisent.
»Je sais leur objet de colère: des hommes sont venus, au nouveau-parler. Ils détournent des sacrifices. Ils disent qu'il n'est pas bon de voler. Ils disent que le fils doit respecter son père, même vieux! Ils disent qu'un seul homme, même un prêtre, ne doit connaître à la fois qu'une seule épouse. Ils disent qu'il n'est pas bon de tuer, au jour de sa naissance, le premier enfant mâle, même s'il est né d'un Arioï. Ils disent que les dieux, et surtout les atua supérieurs, ne sont que des dieux de bois impuissants!
»Ils ont des sortilèges enfermés dans des signes. Ils ont peint ces petits signes sur des feuilles. Ils les consultent des yeux et les répandent avec leurs paroles!...
»Mais sur eux s'est levée la colère de Oro, qui donna six femmes aux prêtres subalternes, douze aux Arioï, et qui défendit à ces femmes de s'attarder à mettre bas. Et sur eux va peser le courroux de Hiro subtil, favorable aux hommes rusés.