Esprit de la terre nouvelle et du ciel nouveau, l'étranger offre son cœur en aliment pour toi.

A hoé! n'oublie pas, sitôt après, la bienvenue pour les vivants: Aroha! Aroha-nui!

Les nommes d'Uvéa te répondront: «Alofa! Alofa-nui!» Ne ris pas. Ne les insulte pas. Ne leur dis point: «Hommes à la bouche qui bégaie!»—Car c'est leur langage: il est frère de ton parler.

Enfin, tourne-toi vers ta pirogue crevée dont les deux coques sur le sable sont pareilles à deux longs requins morts. Dis-lui tristement: tu restes, toi?—Comme au compagnon de route, au fétii, que l'on abandonne.

Si l'on te demande: «Où vas-tu, toi, maintenant?» Ne réponds pas encore, ou bien, faussement. Attends d'avoir échangé ton nom avec les chefs de la terre nouvelle.

On te conduira vers eux. Chemine avec prudence, et ne t'étonne pas si tu vois, dans l'île Uvéa, trois larges trous ronds enfermant, dans leurs profondeurs, trois lacs paisibles. Tu demanderas seulement: «Quel atua si ingénieux et si fort a creusé ces trous pour y verser de l'eau?»

On te répondra que, par ces abîmes, la montagne, jadis, a soufflé du feu. C'est le dire des marins Piritané. Tu en trouveras partout, de ces gens-là! nombreux comme les carangues dans la mer.

N'en crois rien: un trou plein d'eau peut-il jamais avoir soufflé du feu! Certes, on a vu flamber la terre, quand Havaï-i a disparu. Mais ce feu ne venait pas d'un trou plein d'eau. Il n'était pas bon à voir. Il n'est pas bon à raconter.

Enfin, quand parvenu auprès du chef, tu auras changé ton nom pour le sien, et que vous serez tous deux Inoa, alors dis ce que tu veux, non plus faussement.