—Oui. Quatre fois par lunaisons, durant tout le jour du seigneur. En plus, chaque nuit et chaque matin même.

—Mais pourquoi les femmes, au lieu d'écouter, n'ont-elles pas, tout d'abord, préparé le cochon pour le fétii qui revient? J'ai faim, et je ne vois pas de fumée...»

On lui apprit que durant le jour du seigneur, il est interdit de faire usage des mains, sauf en l'honneur de l'atua, le dieu ayant défendu: «Vous n'allumerez point de feu dans aucune de vos demeures, le jour du sabbat». D'ailleurs voici que le soleil montait. Il fallait se rendre sans tarder au faré-de-prières, le grand faré blanc que le voyageur avait entrevu sur la rive, sans doute.

Térii s'étonnait à chaque réponse. Surtout il rit très fort quand une fille entra, vêtue de même que la femme entrevue déjà sur la plage: la poitrine cachée d'étoffes blanches, les pieds entourés de peau de chèvre. Malgré ces défroques étrangères, elle n'apparaissait point déplaisante, et Térii déclara comme cela est bon à dire en pareille occurence, qu'il dormirait volontiers avec elle. Les autres sifflèrent de mécontentement, ainsi que des gens offensés; et la fille même feignit une surprise.—Pourquoi?—L'homme qui avait récité les noms d'ancêtres, se récria:

—«La honte même! pour une telle parole jetée ce jour-ci!» Il ajouta d'autres mots obscurs, tels que: «sauvage» et surtout: «ignorant».

Térii quitta ces gens qui décidément lui devenaient singuliers.

Il répéta pour lui-même: «Ce jour est le jour du Seigneur...» et soudain, à travers tant de lunaisons passées, lui revint à la mémoire cette réponse équivoque de l'homme au nouveau-parler, devant la rive Atahuru;—l'homme se prétendait fils d'un certain dieu assez ignoré, Iésu Kérito, et il avait dit de même: «Ce jour est le jour du seigneur». Là dessus, Térii se souvenait de chants mornes, de vêtements sombres et de maléfices échangés.—Hiè! le dieu que ses fétii honoraient maintenant d'un air si contraint, était-ce encore le même atua? Où donc ses sacrificateurs, et ses images, et les maraè de son rite?

Cependant, Samuéla, ayant rejoint le voyageur, le pressait de marcher, disant:—«Allons ensemble au grand faré-de-prières.» D'autres compagnons suivaient la même route, et tout ce cortège était surprenant: les hommes avançaient avec peine, le torse empêtré dans une étoffe noire qui serrait aussi leurs jambes et retenait leur allure. Des filles cheminaient pesamment, le visage penché. Elles traînaient chaque pas, comme si les morceaux de peau de chèvre qui leur entouraient les pieds eussent levé dix haches de pierre.

—«Elles semblent bien tristes», remarqua Térii. «Tous les gens semblent bien tristes aujourd'hui. S'ils regrettent un mort, ou de nombreux guerriers disparus, qu'ils se lamentent du moins très haut, en criant et en se coupant la figure. Il n'est pas bon de garder ses peines au fond des entrailles. Où vont-ils, Samuéla?