»De la femme Lia, le premier-né Réubéna, et Siméona, et Lévi, et Isakara, Ioséfa et Béniamina...»

—«C'est bien là une histoire d'aïeux,» pensa l'arrivant. Mais les noms lui restaient obscurs. D'ailleurs, celui qui parlait n'était point haèré-po, et il parlait fort mal. Térii s'impatienta:

—«Quoi de nouveau dans la terre Paré?

—Tais-toi», répondit-on, «nous prions le seigneur.» Le récit monotone s'étendit interminablement. Enfin, l'inhabile orateur, repliant les feuilles blanches, dit avec gravité un mot inconnu: «Améné», et s'arrêta.

Déçu par un accueil aussi morne, Térii hésitait et cherchait ses pensers. Pourquoi ne l'avoir point salué de cette bienvenue bruyante et enthousiaste réservée aux grands retours dans un faré d'amis? Certes, on n'avait point perdu la mémoire: on lui tenait rigueur de sa très ancienne faute, sur la pierre-du-récitant... Ou peut-être, de défaire tout le renom du prodige en réapparaissant fort mal à propos, dans un corps d'homme vieilli!—Il interpella: Tinomoé, le porte-idoles, et Hurupa tané, qui creusait de si belles pirogues. Ainsi montrerait-il combien fort son souvenir malgré la longue et rude absence. Nul ne prit garde. Ils semblaient sourds comme des tii aux oreilles de bois, ou inattentifs. Et Roómétua voulut bien expliquer:

—«Mon nom n'est plus Roómétua, mais Samuéla. Et voici Iakoba tané; et l'autre, c'est Ioané... Et toi, n'as-tu pas changé de nom aussi?»

Térii acceptait volontiers que l'on changeât de nom en même temps que de pays; voire, d'une vallée à une autre vallée. Lui-même, depuis son départ, avait, d'île en île, répondu à plus de douze vocables divers. Mais les mots entendus apparaissaient inhabituels; à coup sûr, étrangers. Il répéta:—«Iakoba...» et rit au mouvement de ses lèvres.

—«Roómétua, c'était un bien vilain nom,» continuait le discoureur, «un nom digne des temps ignorants!» Il redit avec satisfaction:—«Samuéla...» et récita complaisamment:

«Dormait Elkana près de son épouse Anna vahiné: et l'Eternel se souvint de cette femme.—Et il arriva qu'après une suite de jours, Anna vahiné conçut et enfanta un fils qu'elle appela «Samuéla», parce qu'elle l'avait «réclamé au seigneur.»

Térii n'osa point demander à comprendre. Il hasarda:—«Et vous parlez souvent ainsi, en suivant des yeux les feuilles blanches?