[12] Thorah.
Et les cinq grands coupables parurent. Leurs poignets étaient noués sur les reins par des tresses de roa. Ils gardaient une forte assurance malgré toute l'infamie dont on les sentait chargés. Le premier, ce Téao de la vallée Tipaèrui, tenait ses yeux calmes et sans haine sur la foule injurieuse. Il n'avait point, au lendemain de la nuit sacrilège, tenté d'échapper aux serviteurs des prêtres qui l'entourèrent et le saisirent. Mais, comme Iésu dont il se disait l'inspiré, le Fou avait donné ses deux bras, pour recevoir les liens.—Paofai, qui marchait derrière lui, montrait, en revanche son grand torse d'homme vieux, tatoué de coups. Les trois autres, on ignorait leurs noms. Ils suivaient, de plein gré, leur maître Téao, et se vantaient d'en être les «apôtres». L'un d'eux boitait, le pied brisé d'un coup de bâton. On les poussa devant l'estrade, au milieu d'une place vide. La foule se ferma sur eux.
Iakoba regardait les criminels avec une fierté dont lui seul était digne: quel autre aurait eu ce courage à suivre, dans la nuit, jusqu'au fond de la vallée, les redoutables Mamaïa? Il comprit, à l'œil sévère des juges, la gravité de la faute des fous, et bénit Kérito, par une courte prière non parlée, de l'avoir préservé lui-même. Il oubliait volontiers, au milieu du jour éclatant, ses peurs et son trouble nocturnes: douze nuits avaient passé depuis!
Au milieu d'un grand silence, le chef-de-la-justice interpella Téao:
—«Téao no Témarama, par ton nom de baptême, Ezékia, tu es conduit devant nous sur l'ordre du roi Pomaré. On sait que tu insultes les chefs. Car malgré la défense, tu tiens des assemblées secrètes avec tes frères. De nombreuses gens t'ont surpris, dans la vallée Tipaèrui, chantant d'abominables himéné et priant le Seigneur pour qu'il renverse le Roi.»
Téao répondit doucement:
—Je ne suis plus Téao no Témarama. Mon nom fut peut-être Ezékia. Mais cela n'importe plus: ma parole est désormais parole de l'atua Kérito. C'est en moi qu'il demeure; à travers moi qu'il transparaît. C'est par sa volonté que me voici devant vous.»
Les juges le considéraient avec une curiosité. La foule houla vers lui, toutes oreilles tendues. Le chef-de-la-justice, prenant un long rouleau chargé de signes, lut avec force tous les crimes dont on accusait le Fou, et tous les noms dont on pouvait le flétrir: le moindre en était odieux. La bouche du parleur ne les prononçait qu'avec mépris.
D'abord, l'homme était dit: «hérésiarque,» car il honorait, à l'égal du dieu même, sa mère, Maria. Qui donc lui avait enseigné ce parler faux?
Téao rappela l'histoire des premiers prêtres à longues tapa blanches, les deux Paniola peureux et doux: celui qui s'enfuit: celui qui mourut, et dont on avait fouillé les os. Il dit leur manière de prier, mains jointes, et de chanter dans un langage qui n'était rien qu'on parlât sur n'importe quelle autre terre. Puis: