—Mais... à ce compte, vous eussiez pu aussi bien devenir Breton...

—Il y avait déjà Botrel...

—Je n'y pensais pas...

—Il y a des déracinés... Moi, je suis, si tu veux bien, un «enraciné»...

—Oui... Mais quand vous dites: «Mes pères» s'agit-il de vos pères auvergnats ou des autres?...

—Tiens, va-t'en, tu es trop bête!... me dit-il.

Il était vexé, et je crus voir s'élever entre nous le nuage noir d'un dissentiment auquel ma folle imagination donna aussitôt forme d'un bougnat marchand de marrons...


Depuis, je me suis cent fois remémoré cet entretien, et j'ai connu combien j'avais été sotte et combien Maurice avait été profond. J'ai cru devoir le relater ici, bien qu'il remonte à près de quinze ans, par esprit de contrition d'abord, et surtout pour fixer définitivement ce point si opiniâtrement controversé par la malignité contemporaine: Oui, Marrès est Lorrain, et il le sait mieux que personne, puisque c'est lui-même qui s'est choisi cette carrière.