—Qui donc?
—Les photos... pour le Journal Illustré et pour le Miroir... Il y en a une avec l'évêque à côté de moi, le champ de bataille derrière... Je pense que ce sera très impressionnant...
Après un petit silence il ajouta:
—Tu penses bien que, personnellement, je n'en ai pas souci... Mais c'est très important pour la propagande de nos idées. Le peuple est ainsi fait, je n'y puis rien... Et maintenant, allons déjeuner...
Ce fut véritablement exquis, et dussé-je parvenir à l'âge de Mme Gyp elle-même, je crois que je me souviendrai toujours de ce délicieux repas. Je dis délicieux, non point certes à cause du menu, mais en raison des choses rares qu'il me fut donné d'entendre—et de cette intimité renaissante dont le charme pénétrant me reportait à tant d'années en arrière.
Marrès mange du bout des dents, et prudemment. Chez lui, ce sont les incisives qui fonctionnent. Il doit, je pense, se méfier de ses molaires. Mais parce que sa mastication est lente et qu'il a petit appétit, il cause volontiers—et il est étincelant.
Ce jour-là il fut particulièrement en verve.
A propos d'un conte de Mme Lucie-Delarue-Mardrus paru le matin même dans un journal, il eut des mots qui furent pour moi le régal le plus délicat. Je ne me souviens ni de l'alose grillée, ni de la selle d'agneau, ni des pointes d'asperges Lucullus, ni surtout des pêches Melba auxquelles je fis honneur en face de mon Maître, mais je me souviens de ses remarques finement épicées que je dégustai avec un plaisir inexprimable.
Je pourrais les redire ici, mais je ne veux point être accusée de malveillance et préfère relater un incident amusant dont fut marquée notre causerie.