J'avais posé cette question en toute innocence et sans penser, ma foi, à Bolette Caudoche qu'on jouait à la Comédie-Française et que des tournées allaient emmener fructueusement dans les départements et à l'étranger.
Maurice y vit cependant une allusion qui n'était pas dans mon esprit.
—Je te devine, me dit-il. Tu additionnes mon traitement de député, le prix de mes articles et les droits d'auteur de Bolette, et tu te dis qu'à ce régime, la guerre non seulement peut durer pour moi, mais encore que je n'aurais pas à souffrir si elle était prolongée jusqu'à sa fin extrême et logique? C'est exact... mais pourquoi considérer l'argent en soi alors qu'il n'est qu'une conséquence inévitable et nécessaire? J'ai écrit quelque part que je n'entendais rien à la mathématique des banquiers: c'est la vérité pure. Je ne payerais pas pour être député, mais s'il fallait payer pour écrire à L'Écho ou faire représenter Bolette, je n'hésiterais pas... Tu vois bien que je suis au-dessus de ça?
J'avoue que le discours me parut faible et le raisonnement d'une indigence extrême. Je me permis de remarquer:
—Toujours est-il qu'en attendant...
Et je complétai ma phrase par ce geste qui, dans toutes les langues, et spécialement en montmartrois, signifie: «A nous la galette!»
Mais Maurice était d'excellente humeur et il se contenta de sourire. Le sujet me semblant délicat, je crus convenable de ne pas le creuser plus avant.
D'autant que vers la fin du déjeuner Maurice parut s'assombrir un peu. Il revint avec insistance sur ceci que ce qu'on pouvait prendre chez lui pour de l'égotisme trop bien entendu ou trop pratique était au fond du dévouement et qu'il avait à mener à bien une dure, une très dure tâche.
—Il y a des soirs où je suis très accablé...
—Faites-vous verser dans l'auxiliaire? dis-je étourdiment.