Les sots—qui sont toujours susceptibles—lui gardent rancune d'avoir jadis été traités par lui de «Tartares»:

—S'il appelle ainsi des Français, que reste-t-il pour les Allemands? s'écrient-ils plaisamment.

Il n'est pas douteux, en effet, que les «Tartares» dont il est parlé dans Sous l'Œil ne sont autres que ses contemporains de France. Mais il s'en est expliqué nettement dans son livre même:

«J'appelle Tartares ceux qui ne pensent pas comme moi ou qui, pensant comme moi, ne le font pas pour les mêmes raisons que moi. Ainsi suis-je dans la pure tradition latine, les Latins appelant «tartares» tous ceux qui n'étaient pas eux-mêmes...» a-t-il écrit magistralement.

Opinion certainement hautaine et qui serait ridicule émise par un couturier, une manucure ou un tondeur de chiens, mais combien acceptable et respectable lorsque professée par un esprit comme le sien!


Ces pages, trop courtes à mon gré et trop longues sans doute à celui de mes lecteurs, n'auront point été inutiles si elles ont, comme je le crois et comme le désirerait certainement mon Ami lui-même, résolu la contradiction apparente qui existe entre sa théorie de jadis et le sens qu'il lui donne aujourd'hui, entre l'œuvre littérale et l'idée qu'on s'en fait, entre les conseils qu'il donne et l'attitude qu'il garde.

Quel est l'écrivain qu'on ne peut mettre, superficiellement tout au moins, en contradiction avec lui-même ou prendre comme à un piège à ses propres déclarations?

Un soir, Maurice m'avait dit amicalement:

—Il est six heures, ma petite Bérénice, permets-moi de te chasser... Je m'en vais rejoindre René Razin et d'autres collègues de l'Académie, pour dîner...