En même temps Stieber, nouait au nom de son gouvernement, des relations intimes parmi cette haute bohème internationale qui, depuis l’exposition de 1867, semblait plus que jamais avoir jeté son dévolu sur Paris, où la facilité de l’accueil, le ton libre et dégagé qui régnait dans les salons, favorisaient tous les espionnages. Mais Stieber ne s’en tint pas à Paris ; il raconte dans ses lettres qu’il s’assura aussi des relations et de très précieux auxiliaires dans les grandes villes de France, telles que Lyon, Bordeaux, Marseille.

Les renseignements qui lui parvinrent de ces différentes sources ne furent pas étrangers à la promptitude de la déclaration de guerre, en 1870.

X

La police prussienne pendant la campagne de France. — Les exploits de Stieber à Bar-le-Duc, à Reims et à Ferrières. — Les aménités de la police de campagne. — Entrée des Allemands dans Versailles. — L’attitude du conseil municipal. — Comment les Allemands respectent les conventions signées. — Arrivée du prince Fritz et du roi Guillaume. — Une manifestation d’agents secrets. — Le bureau du chef de la police. — Un enfant espion sans le savoir. — Zerniki à la mairie. — Un vaudevilliste allemand à Versailles. — Entretien de M. de Bismarck avec le directeur de la police. — Expulsion d’O’Sullivan. — Les réquisitions prussiennes. — Relations difficiles entre les officiers et la police. — M. de Bismarck voit des assassins partout. — M. Angel de Miranda. — Les mésaventures d’un journaliste allemand. — L’hôtel des Réservoirs pendant l’occupation. — Mort tragique de Hoff. — Le restaurant des frères Gark. — Espions et journalistes.

En raison des services rendus en 1866 et de la haute faveur dont il jouissait depuis lors, Stieber était désigné d’avance pour remplir pendant la campagne de 1870-1871 les mêmes fonctions que pendant la guerre de Bohême.

Le 31 juillet, le général de Moltke et tout le personnel civil et militaire composant le « grand quartier général » partirent de Berlin pour Mayence. Stieber, à qui l’on avait adjoint trois lieutenants de police et un certain nombre d’agents, avait pris place dans un des compartiments du train royal.

A peine arrivé à Mayence, première étape de la marche triomphale de l’invasion, le chef de la police de campagne lança ses limiers pour dénicher les espions français, car on les supposait nombreux dans la ville. Mais les généraux de Napoléon dédaignaient ces accessoires et ces petits moyens si utilement employés par la Prusse : dans l’entourage de l’empereur on était si certain d’arriver à Berlin tout d’une traite ! Aussi les agents du conseiller intime firent-ils le plus souvent buisson creux, ou s’ils ramenaient des prisonniers, c’étaient des curieux inoffensifs, des journalistes, ou des artistes en quête de croquis, comme ce dessinateur bien connu d’une grande feuille illustrée, qui fut déclaré suspect parce qu’il portait la moustache et la barbiche taillées à la française, et qui dut traverser toute la ville de Mayence par une pluie battante entre deux soldats.

Bientôt arrivèrent les nouvelles des premiers désastres de l’armée de Mac-Mahon. Le grand quartier général, quittant le territoire allemand, suivit de près les avant-gardes de l’invasion.

Au moment d’entrer en France, Stieber avait reçu des instructions plus précises. Voici en quoi consistait son mandat :

1o Veiller sur la sécurité de la personne du roi, des ministres et des hauts fonctionnaires. Les autorités militaires étaient tenues de prêter main-forte chaque fois qu’elles en seraient requises par le chef de la police.