2o La découverte des espions au grand quartier général et dans son voisinage, par conséquent la surveillance rigoureuse de tous les étrangers. Les mesures prises par Stieber dans ce but, ainsi que pour assurer la sûreté du quartier général, mesures approuvées par l’autorité militaire, doivent être observées par toute personne faisant partie à un titre quelconque du grand quartier général.

3o Le contrôle des lettres et des dépêches au quartier général et dans ses environs ; pourtant le chef de la police de campagne ne pourra prendre connaissance des correspondances suspectes qu’autant qu’il sera autorisé par l’autorité militaire.

4o Le contrôle minutieux de tout ce qui touche à la presse et des correspondances de journaux émanant du quartier général.

Enfin Stieber devait :

5o Prêter son concours aux autorités militaires en leur fournissant des renseignements sur l’armée ennemie, sur ce qui se passait dans les régions qu’elle occupait, et lui procurer des personnes capables de fournir des informations, — c’est-à-dire recruter les espions et acheter les traîtres.

Pendant les premières semaines de la campagne, le rôle du chef de la police de l’armée se borne à faire préparer de gré ou de force des logements et des vivres dans les premières localités occupées à la suite des batailles de Wœrth et de Reichshoffen, et aussi à faire respecter quelque peu la discipline que certains corps de troupes non prussiennes semblaient assez peu disposés à observer. Dans ses Mémoires, qui ont suscité, sous ce rapport, de nombreuses réclamations et protestations, mais qui n’ont pas été réfutés, Stieber raconte avec une franchise qui l’honore les désordres et les exactions dont se sont rendus coupables, à Faulquemont entre autres, les contingents hessois et bavarois. Cette malheureuse petite ville de 3,000 âmes fut traversée par plus de 80,000 hommes de troupes allemandes.

Le comte de Bismarck et son état-major de fonctionnaires des affaires étrangères s’installèrent dans une petite hutte de paysans. Stieber fut invité à souper. Tout en préparant lui-même le café pour toute la société, Bismarck prononça ces paroles qui devaient se réaliser six mois plus tard : « C’est bien décidé, nous ne rendrons plus l’Alsace et la Lorraine à la France. »

Après souper, Bismarck s’entretint assez longuement avec le chef de la police.

« Nous causâmes de notre passé, dit Stieber dans une de ses lettres ; je me montrai très franc et très ouvert, le ministre aussi. Il termina par ces mots : « Voyez donc tout ce que le sort peut faire d’un hobereau de Poméranie, à qui tout le monde en voulait ! » Je dois convenir que cette soirée est la plus belle de ma vie. Notre entretien sera peut-être historique. Certes, Bismarck est le plus grand homme de l’histoire moderne, et je suis fier d’occuper une telle position auprès de lui[38]. »

[38] Denkwürdigkeiten des geheimen Regierungsrathes Stieber, Berlin, 1883.