« Voici ce que rapporte la femme : « On s’entretenait surtout parmi les gens qui venaient aux nouvelles dans la cour de la mairie, d’une grande victoire remportée par l’armée de Metz. Le prince Frédéric-Charles avait été tué, les Français avaient fait 60,000 prisonniers. Un magistrat de Versailles, M. Harel, assurait que, selon toute apparence, le roi aurait quitté la ville avant huit jours. »
— Tiens, il faut noter ce monsieur Harel et ne pas le perdre de vue.
— Parfaitement, fit Zerniki. Et il continua la lecture du rapport :
« La séance du conseil municipal a duré très longtemps ; en sortant, les conseillers s’entretenaient avec vivacité ; il a semblé qu’ils avaient discuté une adresse de dévouement et de félicitations à la délégation de Tours. »
— Oh ! oh ! s’écria Stieber, il faudrait vérifier ce qu’il en est. Zerniki, en allant à la mairie pour cette réquisition de bougies, tâchez donc de jeter un coup d’œil sur le procès-verbal.
A ce moment, la porte s’ouvrit, et un personnage d’une quarantaine d’années, vêtu d’un pantalon à pied, chaussé de pantoufles, le torse emprisonné dans un veston de chambre en flanelle rouge, une cravate de foulard à gros pois négligemment nouée autour du cou, entra en fredonnant. Il tenait d’une main un crayon, et de l’autre un calepin d’assez grande dimension.
— Eh bien, Salingré, mon cher, fit Stieber, la muse vous inspire-t-elle ce matin ?
— Jugez-en vous-même, « patron », fit le nouvel arrivant, un des auteurs comiques alors les plus en vogue et qui, pour faire en amateur la campagne de France, s’était laissé embaucher par Stieber en qualité de secrétaire particulier, une sinécure qui ne l’empêchait nullement de nouer des intrigues de vaudeville. Pour l’instant, M. Salingré était occupé à confectionner une pièce de circonstance qu’il voulait faire jouer sur le théâtre de Versailles par des officiers.
— Jugez vous-même, patron, reprit le vaudevilliste, et il se mit à fredonner un couplet à peu près ainsi conçu :
Maintenant, messieurs, pardonnez